Beauté
AHA, BHA, PHA : le petit lexique des acides exfoliants
Glycolique, salicylique, lactique, mandélique : derrière les sigles AHA, BHA et PHA se cachent des molécules aux cibles et tolérances bien distinctes.

Sur l’étiquette d’un sérum ou d’une lotion, une suite de sigles impose son autorité : AHA, BHA, PHA, glycolique, salicylique, lactique, mandélique. Ce vocabulaire, longtemps circonscrit aux laboratoires dermatologiques, s’est diffusé jusqu’à devenir un argument commercial à lui seul, souvent brandi sans que la molécule qu’il désigne soit jamais expliquée. Choisir un exfoliant chimique ne devrait pourtant jamais relever de l’engouement du moment : chaque famille d’acides obéit à une logique moléculaire précise, avec ses cibles, ses atouts propres et ses limites.
Comprendre cette chimie, c’est reprendre la main sur un geste de soin trop souvent guidé par le seul emballage. Ce lexique propose un classement raisonné des principaux acides exfoliants, pour apprendre à lire une formule plutôt qu’à céder à ses promesses.
Une mécanique commune, des profondeurs distinctes
Tous les acides exfoliants partagent un principe : ils dissolvent les liaisons qui retiennent les cellules mortes à la surface de l’épiderme, accélérant un renouvellement que la peau assure naturellement, mais de plus en plus lentement avec l’âge. Ce qui distingue les familles entre elles, c’est leur solubilité. Un acide hydrosoluble agit essentiellement en surface ; un acide liposoluble s’infiltre dans le follicule pileux, là où se loge le sébum. Cette seule propriété physico-chimique explique pourquoi un acide recommandé pour une peau grasse peut irriter une peau sèche, et inversement.
Les AHA, la famille hydrosoluble
Les alpha-hydroxyacides regroupent les molécules les plus anciennes de la cosmétique active, longtemps associées à la canne à sucre, au lait ou aux fruits.
L’acide glycolique, la molécule la plus pénétrante
Sa taille moléculaire réduite lui permet de traverser l’épiderme avec une efficacité redoutable. Il affine le grain de peau, atténue les taches pigmentaires et stimule la synthèse de collagène à l’usage répété. Cette pénétration rapide en fait toutefois l’acide le plus susceptible d’irriter, en particulier sur une peau qui n’y est pas accoutumée.
L’acide lactique, l’hydratant de la famille
Plus volumineux, il agit plus superficiellement et présente une propriété supplémentaire : il retient l’eau dans les couches supérieures de l’épiderme. Il convient donc aux peaux sèches ou déshydratées qui recherchent un effet lissant sans l’agressivité du glycolique.
D’autres AHA complètent la famille sans dominer le marché : l’acide mandélique, dont la molécule plus large le rend plus doux et plus adapté aux peaux mates sujettes aux marques pigmentaires, ainsi que les acides tartrique et citrique, présents surtout en appoint dans des formules combinées.
Le BHA, l’acide qui cible le sébum
L’acide salicylique demeure le seul bêta-hydroxyacide d’usage courant. Sa solubilité dans les corps gras lui permet de pénétrer les pores et d’y dissoudre l’excès de sébum mêlé aux cellules mortes, un mécanisme qui explique son statut de référence pour les peaux grasses, mixtes ou sujettes à l’imperfection. Il possède en outre une action anti-inflammatoire propre, héritée de sa parenté chimique avec l’aspirine, ce qui le rend souvent mieux toléré que les AHA à concentration égale sur une peau à tendance acnéique.
PHA, la génération pensée pour les peaux réactives
Les polyhydroxyacides — gluconolactone, acide lactobionique — sont les derniers venus de ce lexique. Leur molécule, plus volumineuse que celle des AHA, limite leur pénétration et, par conséquent, leur potentiel irritant. Ils exfolient plus lentement, mais conviennent aux peaux sensibles, réactives ou fragilisées par une exposition solaire répétée, y compris celles qui ne tolèrent ni le glycolique ni le salicylique. Certains PHA possèdent aussi des propriétés humectantes et antioxydantes, ce qui en fait une famille moins spectaculaire, mais plus prudente.
Choisir selon son type de peau
La tolérance individuelle prime sur toute règle générale, mais quelques repères orientent utilement le choix :
- Peau grasse ou mixte, pores dilatés : acide salicylique (BHA).
- Peau sèche ou déshydratée : acide lactique ou PHA.
- Peau mature, recherche de fermeté : acide glycolique, en cure progressive.
- Peau sensible, rosacée ou barrière cutanée fragilisée : PHA exclusivement.
- Peau mate sujette aux taches pigmentaires : acide mandélique.
Introduire un acide sans fragiliser sa peau
L’erreur la plus commune consiste à superposer plusieurs actifs exfoliants, ou à en augmenter la fréquence sans période d’adaptation. Une introduction progressive limite ce risque :
- Réaliser un test cutané sur une petite zone avant toute application générale.
- Commencer par une application hebdomadaire, en soirée, avant d’augmenter graduellement la fréquence.
- Éviter d’associer un acide exfoliant à un rétinoïde le même soir.
- Appliquer systématiquement une protection solaire le lendemain matin, ces molécules augmentant la photosensibilité.
- Réévaluer la routine à chaque saison, la tolérance cutanée variant avec l’exposition et l’hygrométrie.
Un acide exfoliant ne corrige pas une peau ; il l’aide simplement à se défaire, plus vite, de ce qu’elle aurait éliminé seule.
Cette précision mérite d’être rappelée à l’heure où certains discours transforment des molécules mesurées en promesses absolues. La rigueur, ici, prime sur l’enthousiasme : mieux vaut une routine sobre et bien tolérée qu’un empilement d’actifs mal identifiés. Cette exigence de lecture rejoint celle que l’on porte à l’ensemble de son art de vivre, un souci du détail qui distingue le soin réfléchi de la simple consommation.
La question du choix se pose aussi loin de la salle de bain : un climat ensoleillé, une exposition prolongée en altitude ou en bord de mer imposent souvent de suspendre ou d’espacer les acides les plus pénétrants, quitte à revoir sa trousse avant chaque départ en voyage. La peau, comme le reste, se pense sur la durée plutôt que dans l’urgence d’un résultat immédiat.
Ce lexique n’épuise pas la question : chaque nouvelle formule mérite d’être interrogée avec la même exigence. C’est précisément l’objet de la rubrique beauté, où ce vocabulaire continuera d’être décrypté, acide après acide.
Questions fréquentes
Quelle est la différence essentielle entre un AHA et un BHA ?
Un AHA est hydrosoluble et agit surtout en surface de l'épiderme, où il facilite le détachement des cellules mortes. Un BHA, en pratique l'acide salicylique, est liposoluble : il pénètre le follicule pileux et y dissout l'excès de sébum. Cette différence de solubilité oriente le choix selon que la peau est grasse ou sèche.
Les PHA peuvent-ils remplacer les AHA et BHA sur une peau sensible ?
Les polyhydroxyacides constituent l'option la plus douce du lexique, grâce à une molécule plus volumineuse qui limite leur pénétration cutanée. Ils n'offrent cependant pas la même intensité d'action que le glycolique ou le salicylique sur des taches marquées ou des pores obstrués. Pour une peau réactive, ils restent néanmoins le point d'entrée le plus prudent avant d'envisager d'autres familles.
Peut-on associer plusieurs acides exfoliants dans une même routine ?
L'association reste possible, mais elle exige une progressivité rigoureuse, en alternant les soirs plutôt qu'en superposant les actifs. Combiner plusieurs exfoliants puissants le même jour augmente sensiblement le risque d'irritation et de fragilisation de la barrière cutanée. Mieux vaut introduire une seule famille à la fois et observer la réaction de la peau sur plusieurs semaines.
Faut-il se protéger du soleil après l'application d'un acide exfoliant ?
Les acides exfoliants, les AHA en tête, augmentent la sensibilité de la peau aux rayons ultraviolets en accélérant son renouvellement cellulaire. Une protection solaire quotidienne devient donc indispensable pendant toute la durée d'utilisation, pas seulement lors d'une exposition prolongée. Cette précaution vaut en usage domestique comme en voyage sous des climats ensoleillés.


